| Fakestars
OBJET DU DESIR INFINI
Au premier regard, trouve-t-on ce qu'on veut ?
Apparemment tout est là : un cadre et un sujet.
Pourtant, cette apparente normalité, cet Èquilibre des formes et des couleurs, recèle une profondeur insoupçonnée.
Que voit-on en fait?
Quelque chose est difficile à situer.
Bien sûr, il y a le ciel et la présence de la terre (arbre, nuage), mais ces points, ces disques, ces lumières, sont-ils dans le ciel, devant le ciel?
Et nous, où sommes-nous ?
Devant ou derrière ces instants de brillance ?
On s'aperçoit qu'il y a moins quelque chose à voir qu'une impression de mouvement interne, comme une distorsion sereine.
Pourtant tout est calme, le vertige est à peine perceptible.
Nos certitudes sur la solidité du monde sont quelquefois ébranlées: nous savons bien que les choses n'existent comme nous les voyons qu'à l'instant ou nous les voyons, mais nous faisons comme si de rien n'était. Nous sommes prisonniers du décor.
Denis Darzacq nous emmène derrière le décor, ll y souffle un peu d'air frais.
Subversif Denis Darzacq ?
Pas tellement ! Il n'y pas d'intention de s'opposer, de brailler, de brandir sa différence, de révéler un drame quelconque.
Au contraire, il ne fait qu'explorer ce qui est humain, mais sans jamais se satisfaire de ce qui apparaît comme tel :
De "Only Heaven" aux "Ensembles", la recherche de ce qui rapproche les hommes, les femmes, leurs corps, leurs désirs, est au centre de cette exploration.
Denis Darzacq nous emmène tendrement vers cet ailleurs de nous même, cette réflexion qui nous interroge .
Dans "Fakestars" cette exploration se rapproche un peu plus du spectateur, presque à le brûler. Certes, je vois quelque chose d'autre, mais cet autre est insaisissable. L'illusion de s'en servir comme référence s'évanouit: "l'autre", cette brillance, moi, tourbillonnent en un drôle de carrousel.
Cela me rappelle une histoire :
C'est aux USA, dans les années 80, lors d'une entrevue télévisée avec un moine tibétain défroqué. A la fin de l'entrevue, le présentateur demande au moine s'il a quelque chose à recommander aux téléspectateurs.
Celui-ci se tourne alors vers eux, et leur demande de regarder un point qui se situe entre eux et la télévision.
Je crois que ce que Denis Darzacq explore est cette béance. Il cherche à lui donner du goût.
Peut-être s'agit-il d'un lieu rempli de "Fakestars" : fausse étoiles, brillance de moments qui s"abîment avec douceur sous son regard .
Un photographe est condamné à faire passer la lumière dans l'objectif, Denis Darzacq s'en sert pour sonder la profondeur de l'existence.
François Garaude
Février 2004.
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